{"id":9278,"date":"2026-09-02T14:09:45","date_gmt":"2026-09-02T12:09:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.patrim.net\/?p=9278"},"modified":"2026-09-02T14:10:31","modified_gmt":"2026-09-02T12:10:31","slug":"corps-memoire-et-territoire-une-residence-artistique-dans-les-hautes-pyrenees","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/corps-memoire-et-territoire-une-residence-artistique-dans-les-hautes-pyrenees\/","title":{"rendered":"Corps, m\u00e9moire et territoire : une r\u00e9sidence artistique dans les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p><i><span style=\"font-weight: 400;\">Entretien r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre des r\u00e9sidences artistiques de PATRIM 4.0<\/span><\/i><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Web-Patrim.png\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-9288\" src=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Web-Patrim-300x169.png\" alt=\"\" width=\"579\" height=\"326\" srcset=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Web-Patrim-300x169.png 300w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Web-Patrim-1024x576.png 1024w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Web-Patrim-768x432.png 768w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/Web-Patrim.png 1366w\" sizes=\"(max-width: 579px) 100vw, 579px\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans le cadre du programme de r\u00e9sidences artistiques de <strong>PATRIM 4.0<\/strong>, d\u00e9di\u00e9 au patrimoine culturel et naturel des territoires pyr\u00e9n\u00e9ens, nous nous sommes entretenus avec l&#8217;artiste <strong>Juliette Baign\u00e9 <\/strong>au sujet de son s\u00e9jour dans les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, en dialogue avec la Grotte de Gargas et les communaut\u00e9s locales. Danse, peinture \u00e0 l&#8217;encre, calligraphie extr\u00eame-orientale et pens\u00e9e orientale se croisent dans une pratique qui observe le corps comme une surface d&#8217;\u00e9criture o\u00f9 s&#8217;inscrit la m\u00e9moire d&#8217;un territoire.<\/span><\/p>\n<p>Le vendredi 4 septembre, \u00e0 18h30, <strong>Juliette Baign\u00e9 <\/strong>restitue le projet <strong>\u00ab Ichn\u00e9e \u00bb<\/strong>, men\u00e9 en r\u00e9sidence de cr\u00e9ation entre avril et ao\u00fbt 2026, autour des grottes de Gargas et du territoire de la Communaut\u00e9 de communes Neste Barousse. Ce site pr\u00e9historique exceptionnel des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es conserve des traces de pr\u00e9sences humaines vieilles de pr\u00e8s de 30 000 ans, parmi lesquelles plus de 200 mains n\u00e9gatives, peintures et gravures. Le titre du projet, \u00ab Ichn\u00e9e \u00bb, fait \u00e9cho \u00e0 l&#8217;ichnologie \u2014 du grec ikhnos, \u00ab empreinte \u00bb \u2014, discipline qui \u00e9tudie les traces laiss\u00e9es par les \u00eatres vivants dans les s\u00e9diments et les roches.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-9279\" src=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2-300x143.jpg\" alt=\"\" width=\"774\" height=\"369\" srcset=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2-300x143.jpg 300w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2-1024x488.jpg 1024w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2-768x366.jpg 768w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2-1536x731.jpg 1536w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/invitation-restitutionv2-2048x975.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 774px) 100vw, 774px\" \/><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Vous parlez souvent d&#8217;un lien entre le corps et son environnement. Comment le contexte \u2014 social et territorial \u2014 influence-t-il l&#8217;art et le mouvement que vous explorez ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le lien entre le corps et son environnement est au c\u0153ur de ma recherche. Je consid\u00e8re les corps humains mais aussi non humains comme des surfaces d&#8217;\u00e9criture, des formes de tableaux vivants. Les tensions, les rythmes, les postures, les fatigues, les \u00e9lans ou les effondrements racontent toujours quelque chose d&#8217;une \u00e9poque et du contexte dans lequel ils \u00e9voluent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je m&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine s&#8217;imprime dans les corps et dans leurs mouvements. Il s&#8217;agit d&#8217;observer, de lire les crispations, les \u00e9tats de fatigue, des formes d&#8217;isolement ou de contr\u00f4le, mais aussi des gestes de r\u00e9sistance, de soin, de r\u00e9volte ou de c\u00e9l\u00e9bration collective. M\u00eame physiquement, on voit appara\u00eetre des \u00e9critures nouvelles du corps comme les dos vo\u00fbt\u00e9s par les \u00e9crans ; les corps des animaux d&#8217;\u00e9levage ont aussi \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">J&#8217;essaie donc d&#8217;observer ces \u00e9critures du vivant. Je vais beaucoup sur le terrain, dans la rencontre, dans l&#8217;observation des corps, des flux. Mon travail na\u00eet souvent de collaborations et de mati\u00e8res collect\u00e9es. J&#8217;essaie de saisir comment un environnement social, territorial ou politique transforme une mani\u00e8re de bouger, de respirer, de tenir debout.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce qui m&#8217;int\u00e9resse aussi, c&#8217;est que les premi\u00e8res formes d&#8217;\u00e9criture de l&#8217;humanit\u00e9 venaient d\u00e9j\u00e0 de l&#8217;observation du vivant : les fissures dans la roche, les \u00e9clairs dans le ciel, les traces animales, les pattes d&#8217;oiseaux\u2026 Les manifestations et les formes du monde devenaient des signes. Mon travail s&#8217;inscrit un peu dans cette continuit\u00e9 : observer les mouvements et les formes des corps pour y lire des langages, et esp\u00e9rer par l\u00e0, faire de l&#8217;art un moyen de communiquer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En effet, le corps est pour moi un lieu tr\u00e8s paradoxal : c&#8217;est \u00e0 la fois le lieu de l&#8217;identit\u00e9, des diff\u00e9rences sociales, culturelles ou politiques, mais c&#8217;est aussi un espace profond\u00e9ment commun, parce que tous les \u00eatres vivants partagent des besoins vitaux, des vuln\u00e9rabilit\u00e9s, des souffrances et des rythmes biologiques. Les corps deviennent donc des lieux o\u00f9 se croisent le commun et les fractures. Et c&#8217;est peut-\u00eatre l\u00e0 que le corps devient une forme d&#8217;\u00e9criture universelle : un lieu o\u00f9 se rencontrent \u00e0 la fois nos diff\u00e9rences et ce que nous partageons tous.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Votre pratique combine danse, arts visuels et pens\u00e9e orientale. Comment ces disciplines dialoguent-elles dans votre processus cr\u00e9atif ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ces disciplines dialoguent d&#8217;abord \u00e0 travers une pratique quotidienne du corps. La m\u00e9ditation, la danse ou certaines pratiques de soin font partie de mon hygi\u00e8ne de vie et cr\u00e9ent un \u00e9tat de disponibilit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 mon travail. Elles me permettent d&#8217;affiner l&#8217;attention, l&#8217;\u00e9coute et la perception du mouvement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Elles se rejoignent ensuite naturellement dans ma mani\u00e8re de cr\u00e9er. Ma pratique de l&#8217;encre est profond\u00e9ment li\u00e9e au geste et au souffle. La calligraphie extr\u00eame-orientale m&#8217;a beaucoup influenc\u00e9e dans son rapport au vide, au rythme, \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie du trait, \u00e0 une forme d&#8217;\u00e9pure. Le geste pictural devient presque une extension du mouvement du corps : il s&#8217;agit de me mettre au service de ceux que je peins et de me laisser traverser par eux plut\u00f4t que de chercher \u00e0 les contr\u00f4ler.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Des lectures issues de l&#8217;anthropologie, des sciences du vivant ou des pens\u00e9es orientales nourrissent aussi cette recherche (B. Morizot, P. Descola, Tao Te King, Zhuangzi), parce qu&#8217;elles proposent souvent une vision moins s\u00e9par\u00e9e des corps en lien avec l&#8217;environnement.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Dans le cadre de PATRIM, nous travaillons sur le patrimoine culturel et naturel des territoires pyr\u00e9n\u00e9ens. Que signifie pour vous le patrimoine et comment le mouvement peut-il \u00eatre une mani\u00e8re d&#8217;entrer en relation avec celui-ci ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le patrimoine est souvent d\u00e9fini comme l&#8217;h\u00e9ritage commun d&#8217;un groupe ou d&#8217;une collectivit\u00e9, transmis aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes, ou encore comme des sites et des \u00e9l\u00e9ments dont la valeur universelle est reconnue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 partir de cette d\u00e9finition, je m&#8217;interroge sur ce que notre \u00e9poque est elle-m\u00eame en train de produire comme h\u00e9ritage collectif. Quelles traces allons-nous laisser derri\u00e8re nous ? Quels mat\u00e9riaux, quels signes, quels d\u00e9chets t\u00e9moigneront un jour de nos modes de vie et de notre mani\u00e8re d&#8217;habiter le monde ? Et plus particuli\u00e8rement : que seraient nos grottes contemporaines, et quels corps, quelles sc\u00e8nes y seraient inscrits ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Dans mon travail, il y a souvent une dimension d&#8217;enqu\u00eate de terrain. Les rencontres me permettent d&#8217;observer les corps li\u00e9s \u00e0 un territoire : les m\u00e9tiers, les pratiques artisanales, l&#8217;\u00e9levage, les gestes r\u00e9p\u00e9titifs du travail. Tous ces mouvements fa\u00e7onnent les corps autant qu&#8217;ils fa\u00e7onnent les paysages.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le mouvement devient alors une mani\u00e8re d&#8217;entrer en relation avec le patrimoine, parce qu&#8217;il permet de lire un territoire \u00e0 travers les corps qui le traversent et le construisent. Les gestes gardent la m\u00e9moire des activit\u00e9s humaines, des rythmes de vie, des tensions ou des usages propres \u00e0 un lieu. Et ces mouvements laissent eux aussi des traces : dans les sols, les s\u00e9diments, les mati\u00e8res ou les transformations du paysage.<\/span><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-scaled.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-9283\" src=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"636\" height=\"477\" srcset=\"https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.patrim.net\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/20260528_195915-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 636px) 100vw, 636px\" \/><\/a><\/p>\n<p><b>Comment votre s\u00e9jour dans ce territoire a-t-il influenc\u00e9 votre recherche artistique ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce s\u00e9jour me permet de pr\u00e9ciser ma m\u00e9thode et mon protocole d&#8217;action li\u00e9 \u00e0 cet exercice de r\u00e9sidence de cr\u00e9ation sur un nouveau territoire. Il y a une juste attitude \u00e0 trouver, une humilit\u00e9, face aux personnes qui vivent l\u00e0. Et en m\u00eame temps on arrive avec un regard nouveau, une curiosit\u00e9 qui peut permettre de remettre en mouvement le regard que les locaux portent eux-m\u00eames sur ce qu&#8217;ils ont sous les yeux et sous les pieds depuis tr\u00e8s longtemps, et auquel parfois ils portent moins d&#8217;attention.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ce qui m&#8217;a beaucoup marqu\u00e9e dans cette zone des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, c&#8217;est qu&#8217;elle semble fonctionner \u00e0 une \u00e9chelle relativement humaine, avec une pr\u00e9sence forte du pastoralisme, de l&#8217;\u00e9levage extensif et de savoir-faire locaux, plut\u00f4t que de grandes logiques industrielles. Je pense que la g\u00e9ographie des vall\u00e9es et des montagnes joue beaucoup dans cette mani\u00e8re d&#8217;habiter le territoire et dans les liens qui s&#8217;y tissent. Forc\u00e9ment, cela vient se confronter avec ce que je vois et peins habituellement \u00e0 Paris.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Ma recherche \u00e9volue \u00e0 mesure des rencontres et collaborations : celle par exemple du professeur de danse traditionnelle Ives Gras, de l&#8217;artisan en terre crue Christian Baur, de Nicolas des Grottes de Gargas, des savoirs naturalistes de l&#8217;association AREMIP : leur partage et leurs connaissances m&#8217;impr\u00e8gnent pour ensuite se retrouver dans la mati\u00e8re ou le trac\u00e9 des \u0153uvres.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Vous avez anim\u00e9 des ateliers de peinture, notamment avec des enfants. Comment adaptez-vous votre pratique \u00e0 un jeune public ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">J&#8217;ai l&#8217;habitude de travailler avec le jeune public, souvent sur des temps plus longs avec diff\u00e9rentes \u00e9tapes d&#8217;\u00e9volution, donc je suis assez \u00e0 l&#8217;aise avec \u00e7a. Les enfants ont une spontan\u00e9it\u00e9 et une justesse formidables, et j&#8217;ai souvent l&#8217;impression d&#8217;apprendre autant d&#8217;eux qu&#8217;eux de moi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je commence g\u00e9n\u00e9ralement par pr\u00e9senter mon m\u00e9tier et ma pratique, puis on \u00e9change sur les id\u00e9es qu&#8217;on se fait du m\u00e9tier d&#8217;artiste. Je leur rappelle souvent que, pour moi, \u00eatre artiste c&#8217;est davantage poser des questions que donner des r\u00e9ponses, et que la bonne nouvelle, c&#8217;est qu&#8217;en art on ne peut pas vraiment se tromper.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Pour ces ateliers plus ponctuels en lien avec les grottes, je les ai amen\u00e9s \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la faune qu&#8217;ils ont autour d&#8217;eux aujourd&#8217;hui, parce qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la pr\u00e9histoire, iels dessinaient ce qu&#8217;ils voyaient vivre autour d&#8217;eux. On a ensuite r\u00e9alis\u00e9 ensemble de grandes fresques sur papier kraft inspir\u00e9es de la faune locale.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Quels types d&#8217;exp\u00e9riences ou d&#8217;apprentissages cherchez-vous \u00e0 transmettre aux participants ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Les arts visuels peuvent parfois sembler assez \u00e9litistes, beaucoup de personnes disent facilement \u00ab je n&#8217;y connais rien \u00bb. Pourtant, c&#8217;est int\u00e9ressant de voir qu&#8217;on entend beaucoup moins \u00e7a face aux peintures pr\u00e9historiques. Dans mon travail et dans les ateliers, j&#8217;essaie donc de trouver une \u00e9criture et des formes qui connectent au corps, qui est le point de d\u00e9part et d&#8217;ancrage des sens que tout le monde partage. L\u00e2cher le jugement, et laisser parler l&#8217;instinct, le jeu.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">J&#8217;aime penser des expositions avec une importance accord\u00e9e \u00e0 la m\u00e9diation, car je crois au pouvoir transformateur de l&#8217;art : j&#8217;aime y parler des rencontres et de ce que j&#8217;ai pu apprendre, des \u00e9merveillements, des techniques artisanales employ\u00e9es. Dans ce type de projet, j&#8217;accorde de l&#8217;importance \u00e0 penser la sortie de r\u00e9sidence comme un temps de rassemblement festif, f\u00e9d\u00e9rateur et inclusif, o\u00f9 toutes les personnes ayant particip\u00e9 au projet, ainsi que les curieux, puissent se retrouver autour du travail et prolonger ce moment lors d&#8217;un temps convivial partag\u00e9.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>PATRIM vise \u00e0 cr\u00e9er des liens entre territoires et communaut\u00e9s. Comment vivez-vous ces rencontres et collaborations dans votre pratique artistique ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Un premier temps est consacr\u00e9 \u00e0 l&#8217;immersion et aux rencontres avec les habitant\u00b7es du territoire, qui travaillent dans diff\u00e9rents domaines comme je l&#8217;ai \u00e9voqu\u00e9 plus haut. Je recueille des voix, des t\u00e9moignages, je collecte des mati\u00e8res, des couleurs, et je parcours les environs. Puis je collabore, la plupart du temps, avec certain\u00b7es d&#8217;entre eux\u00b7elles, et je travaille ensuite \u00e0 l&#8217;atelier \u00e0 partir des mouvements observ\u00e9s des humain\u00b7es et de la faune rencontr\u00e9e. Il est courant que les liens avec les artisan\u00b7es, agriculteur\u00b7ices ou \u00e9leveur\u00b7euses se prolongent les ann\u00e9es suivantes. Lorsque l&#8217;on travaille avec des mati\u00e8res organiques et vivantes, il faut penser sur le temps long.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Sur quoi travaillez-vous actuellement ou qu&#8217;aimeriez-vous explorer \u00e0 l&#8217;avenir ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Je m&#8217;int\u00e9resse de plus en plus \u00e0 l&#8217;histoire de l&#8217;\u00e9criture, ainsi qu&#8217;aux sc\u00e8nes de groupe, o\u00f9 surgit un corps collectif. Je questionne aussi les supports de mes \u0153uvres, afin de faire \u00e9voluer ma pratique de l&#8217;encre sur papier vers d&#8217;autres mati\u00e8res comme la terre crue, le tissu, le m\u00e9tal\u2026 Dans cette r\u00e9sidence, je cherche \u00e9galement la bonne mani\u00e8re de saisir le mouvement des corps animaux : trouver une \u00e9criture capable de traduire \u00e0 la fois leur puissance, leur \u00e9l\u00e9gance et quelque chose de tr\u00e8s brut, primitif.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Si vous deviez d\u00e9finir ce projet ou cette r\u00e9sidence par une image ou un mouvement, lequel serait-ce ?<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">C&#8217;est difficile de r\u00e9sumer toute cette immersion en un mot ! D&#8217;autant plus qu&#8217;elle est teint\u00e9e \u00e0 la fois des rencontres faites sur le territoire, du travail d&#8217;atelier, de l&#8217;\u00e9veil du printemps et du lien avec la Grotte orn\u00e9e de Gargas. Alors je vais choisir plusieurs mots si vous le permettez : hospitalit\u00e9, matrice, origine, authenticit\u00e9\u2026<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien r\u00e9alis\u00e9 dans le cadre des r\u00e9sidences artistiques de PATRIM 4.0 Dans le cadre du programme de r\u00e9sidences artistiques de PATRIM 4.0, d\u00e9di\u00e9 au patrimoine culturel et naturel des territoires pyr\u00e9n\u00e9ens, nous nous sommes entretenus avec l&#8217;artiste Juliette Baign\u00e9 au sujet de son s\u00e9jour dans les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, en dialogue avec la Grotte de Gargas et les communaut\u00e9s locales. Danse, peinture \u00e0 l&#8217;encre, calligraphie extr\u00eame-orientale et pens\u00e9e orientale se croisent dans une pratique qui observe le corps comme une surface d&#8217;\u00e9criture o\u00f9 s&#8217;inscrit la m\u00e9moire d&#8217;un territoire. Le vendredi 4 septembre, \u00e0 18h30, Juliette Baign\u00e9 restitue le projet \u00ab Ichn\u00e9e \u00bb, men\u00e9 en r\u00e9sidence de cr\u00e9ation entre avril et ao\u00fbt 2026, autour des grottes de Gargas et du territoire de la Communaut\u00e9 de communes Neste Barousse. Ce site pr\u00e9historique exceptionnel des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es conserve des traces de pr\u00e9sences humaines vieilles de pr\u00e8s de 30 000 ans, parmi lesquelles plus de 200 mains n\u00e9gatives, peintures et gravures. Le titre du projet, \u00ab Ichn\u00e9e \u00bb, fait \u00e9cho \u00e0 l&#8217;ichnologie \u2014 du grec ikhnos, \u00ab empreinte \u00bb \u2014, discipline qui \u00e9tudie les traces laiss\u00e9es par les \u00eatres vivants dans les s\u00e9diments et les roches. &nbsp; Vous parlez souvent d&#8217;un lien entre le corps et son environnement. Comment le contexte \u2014 social et territorial \u2014 influence-t-il l&#8217;art et le mouvement que vous explorez ? Le lien entre le corps et son environnement est au c\u0153ur de ma recherche. Je consid\u00e8re les corps humains mais aussi non humains comme des surfaces d&#8217;\u00e9criture, des formes de tableaux vivants. Les tensions, les rythmes, les postures, les fatigues, les \u00e9lans ou les effondrements racontent toujours quelque chose d&#8217;une \u00e9poque et du contexte dans lequel ils \u00e9voluent. Je m&#8217;int\u00e9resse \u00e0 la mani\u00e8re dont notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine s&#8217;imprime dans les corps et dans leurs mouvements. Il s&#8217;agit d&#8217;observer, de lire les crispations, les \u00e9tats de fatigue, des formes d&#8217;isolement ou de contr\u00f4le, mais aussi des gestes de r\u00e9sistance, de soin, de r\u00e9volte ou de c\u00e9l\u00e9bration collective. M\u00eame physiquement, on voit appara\u00eetre des \u00e9critures nouvelles du corps comme les dos vo\u00fbt\u00e9s par les \u00e9crans ; les corps des animaux d&#8217;\u00e9levage ont aussi \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s. J&#8217;essaie donc d&#8217;observer ces \u00e9critures du vivant. Je vais beaucoup sur le terrain, dans la rencontre, dans l&#8217;observation des corps, des flux. Mon travail na\u00eet souvent de collaborations et de mati\u00e8res collect\u00e9es. J&#8217;essaie de saisir comment un environnement social, territorial ou politique transforme une mani\u00e8re de bouger, de respirer, de tenir debout. Ce qui m&#8217;int\u00e9resse aussi, c&#8217;est que les premi\u00e8res formes d&#8217;\u00e9criture de l&#8217;humanit\u00e9 venaient d\u00e9j\u00e0 de l&#8217;observation du vivant : les fissures dans la roche, les \u00e9clairs dans le ciel, les traces animales, les pattes d&#8217;oiseaux\u2026 Les manifestations et les formes du monde devenaient des signes. Mon travail s&#8217;inscrit un peu dans cette continuit\u00e9 : observer les mouvements et les formes des corps pour y lire des langages, et esp\u00e9rer par l\u00e0, faire de l&#8217;art un moyen de communiquer. En effet, le corps est pour moi un lieu tr\u00e8s paradoxal : c&#8217;est \u00e0 la fois le lieu de l&#8217;identit\u00e9, des diff\u00e9rences sociales, culturelles ou politiques, mais c&#8217;est aussi un espace profond\u00e9ment commun, parce que tous les \u00eatres vivants partagent des besoins vitaux, des vuln\u00e9rabilit\u00e9s, des souffrances et des rythmes biologiques. Les corps deviennent donc des lieux o\u00f9 se croisent le commun et les fractures. Et c&#8217;est peut-\u00eatre l\u00e0 que le corps devient une forme d&#8217;\u00e9criture universelle : un lieu o\u00f9 se rencontrent \u00e0 la fois nos diff\u00e9rences et ce que nous partageons tous. &nbsp; Votre pratique combine danse, arts visuels et pens\u00e9e orientale. Comment ces disciplines dialoguent-elles dans votre processus cr\u00e9atif ? Ces disciplines dialoguent d&#8217;abord \u00e0 travers une pratique quotidienne du corps. La m\u00e9ditation, la danse ou certaines pratiques de soin font partie de mon hygi\u00e8ne de vie et cr\u00e9ent un \u00e9tat de disponibilit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 mon travail. Elles me permettent d&#8217;affiner l&#8217;attention, l&#8217;\u00e9coute et la perception du mouvement. Elles se rejoignent ensuite naturellement dans ma mani\u00e8re de cr\u00e9er. Ma pratique de l&#8217;encre est profond\u00e9ment li\u00e9e au geste et au souffle. La calligraphie extr\u00eame-orientale m&#8217;a beaucoup influenc\u00e9e dans son rapport au vide, au rythme, \u00e0 l&#8217;\u00e9nergie du trait, \u00e0 une forme d&#8217;\u00e9pure. Le geste pictural devient presque une extension du mouvement du corps : il s&#8217;agit de me mettre au service de ceux que je peins et de me laisser traverser par eux plut\u00f4t que de chercher \u00e0 les contr\u00f4ler. Des lectures issues de l&#8217;anthropologie, des sciences du vivant ou des pens\u00e9es orientales nourrissent aussi cette recherche (B. Morizot, P. Descola, Tao Te King, Zhuangzi), parce qu&#8217;elles proposent souvent une vision moins s\u00e9par\u00e9e des corps en lien avec l&#8217;environnement. &nbsp; Dans le cadre de PATRIM, nous travaillons sur le patrimoine culturel et naturel des territoires pyr\u00e9n\u00e9ens. Que signifie pour vous le patrimoine et comment le mouvement peut-il \u00eatre une mani\u00e8re d&#8217;entrer en relation avec celui-ci ? Le patrimoine est souvent d\u00e9fini comme l&#8217;h\u00e9ritage commun d&#8217;un groupe ou d&#8217;une collectivit\u00e9, transmis aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes, ou encore comme des sites et des \u00e9l\u00e9ments dont la valeur universelle est reconnue. \u00c0 partir de cette d\u00e9finition, je m&#8217;interroge sur ce que notre \u00e9poque est elle-m\u00eame en train de produire comme h\u00e9ritage collectif. Quelles traces allons-nous laisser derri\u00e8re nous ? Quels mat\u00e9riaux, quels signes, quels d\u00e9chets t\u00e9moigneront un jour de nos modes de vie et de notre mani\u00e8re d&#8217;habiter le monde ? Et plus particuli\u00e8rement : que seraient nos grottes contemporaines, et quels corps, quelles sc\u00e8nes y seraient inscrits ? Dans mon travail, il y a souvent une dimension d&#8217;enqu\u00eate de terrain. Les rencontres me permettent d&#8217;observer les corps li\u00e9s \u00e0 un territoire : les m\u00e9tiers, les pratiques artisanales, l&#8217;\u00e9levage, les gestes r\u00e9p\u00e9titifs du travail. Tous ces mouvements fa\u00e7onnent les corps autant qu&#8217;ils fa\u00e7onnent les paysages. Le mouvement devient alors une mani\u00e8re d&#8217;entrer en relation avec le patrimoine, parce qu&#8217;il permet de lire un territoire \u00e0 travers les corps qui le traversent et le construisent. Les gestes gardent la m\u00e9moire des activit\u00e9s humaines, des rythmes de vie, des tensions ou des usages propres \u00e0 un lieu. Et ces mouvements laissent eux<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9288,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"footnotes":""},"categories":[29],"tags":[],"class_list":["post-9278","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe-ca"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9278","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9278"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9278\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9292,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9278\/revisions\/9292"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/9288"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9278"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9278"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.patrim.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9278"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}